Primitivisme au Japon du modernisme à nos jours - quel critère pour le « beau » : être « in » ou « out » de l'histoire des arts non occidentaux / Rena Kano ; sous la direction de Carlo Severi

Date :

Type : Livre / Book

Type : Thèse / Thesis

Langue / Language : français / French

Catalogue Worldcat

Primitivisme (art) -- Japon

Japon -- Influence occidentale

Statues

Anthropomorphisme

Esthétique -- Japon

Modernisme (art) -- Japon

Severi, Carlo (1952-....) (Directeur de thèse / thesis advisor)

Marquet, Christophe (1965-....) (Président du jury de soutenance / praeses)

Cheng, Joyce (19..-....) (Membre du jury / opponent)

Imbert, Claude (1933-....) (Membre du jury / opponent)

Kalinowski, Isabelle (1969-....) (Membre du jury / opponent)

Viatte, Germain (1939-....) (Membre du jury / opponent)

École des hautes études en sciences sociales (Paris) (Organisme de soutenance / degree-grantor)

École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales (Ecole doctorale associée à la thèse / doctoral school)

Résumé / Abstract : À la différence des sociétés occidentales, où la modernisation fut un processus lent et progressif, la modernisation culturelle du Japon s’est opérée brusquement, via une occidentalisation, lors de l’ouverture du pays au monde dans les années 1860 – le Japon exprimant alors sa volonté d’être considéré comme un État moderne. Témoin de cette reconnaissance, il est invité en 1873 comme nation exposante à l’Exposition universelle de Vienne et convié à y présenter, entre autres signes de sa civilisation, son « art ».Or, les Japonais n’en possédaient alors ni le concept ni le mot. Ils ont donc d’abord cherché à traduire le mot. Ils ont choisi le terme de bijutsu : « technique ou magie du beau ». Le pays crée ensuite son École des Beaux-Arts, où l’on est censé enseigner l’« art » et son histoire, ce qui amène les Japonais à repenser tout leur passé de création de formes sous le prisme du critère « universel » de l’Occident. Dans leur production esthétique, ils ont ainsi dû trier entre ce qui pouvait être intégré dans l’« art », et ce qui devait, au contraire, en être éliminé. Ils ont dû également modifier leurs présupposés concernant l’idée de création humaine. L’objectif de ce travail est de retrouver, au-delà ou en deçà de cette transformation, une des valeurs d’ordre esthétique spécifiquement japonaise équivalente à la notion occidentale du « beau », et qui s’est vue ainsi mise de côté. Cette part oblitérée de la production esthétique du Japon constitue ce que nous appelons son avant-art ; et nous le voyons structuré par un mécanisme original, le mitate. Parmi les productions de cet avant-art primitiviste, nous nous attachons plus particulièrement dans cette thèse au domaine, exclu de l’« art », de la poupée ou statuaire anthropomorphique, afin de tenter d’élucider cet intraduisible japonais. Aujourd’hui encore, on trouve au Japon, dans les productions esthétiques labellisées telles et dans certains produits culturels industriels, des rémanences de cette conception initiale typique, et nous en étudions les modalités. Nous analysons ainsi la recherche dans le mitate du « semblant de réel », qui, en dépit d’une similitude de surface, diffère du réalisme occidental, sur des exemples de créations anthropomorphiques japonaises anciennes et récentes. Et, au travers de celles-ci, nous examinons comment la fonction du mitate a changé du début de l’ère moderne à la période contemporaine. Dans le cadre d’une anthropologie de l’art, cette thèse ambitionne d’illustrer à quel point, sous sa modernisation/mondialisation, la culture des formes au Japon repose sur des bases singulières, à la fois, en partie, très anciennes et toujours actives.

Résumé / Abstract : In Western societies, modernization took place in an evolutionary way, in a gradual process, with long preparation, phases, advances and setbacks. In contrast, Japan’s cultural modernization took place abruptly through Westernization when the country opened up to the world in the 1860s – with Japan expressing its desire to be seen as a modern state in its own right. Recognition of Japan’s modernization can be seen in the nation’s 1873 invitation to exhibit at the Vienna World Exposition. Japan was asked to exhibit its “art” in addition to other signs of its civilization. However, Japan had no concept or word corresponding to “art”.The Japanese therefore first sought to translate the word. They created the term bijutsu, which literally means the “technique or magic of beauty”. Soon afterwards, Japan created a School of Fine Arts for the teaching of “art” and its “history”. This led to reinventing the entire history of the country by rethinking its creative production of the past in terms of the West's “universal” standard.To delineate their aesthetic production, understood in the Western sense of this expression, the Japanese therefore had to sort out what could be considered “art” and what should, on the contrary, be eliminated from its scope. To do this, they also had to modify their assumptions about the idea of human creation.The objective of this study is to rediscover, beyond or below this transformation, a specifically Japanese aesthetic value equivalent to the Western notion of “beauty” that had to be put aside because of the adoption of a western definition of “art”. This obliterated part of the aesthetic production of Japan constitutes what we call its avant-art, and we see it as being structured by an original mechanism called mitate.Among the truly primitivist productions of this Japanese avant-art, we focus in this thesis particularly on a field which was eliminated from the scope of "art" – that of the doll or anthropomorphic statuary –in order to try to clarify the untranslatable Japanese concept of mitate.Even today, we find remnants of this typical initial conception in Japan, both in aesthetic productions labeled as such, and in certain industrial cultural products. The conditions for such remnants are examined in this study. We thus analyze research in the field of mitate concerning “semblance of the real”, which, despite a surface similarity, differs profoundly from Western realism, and we give examples of old and new Japanese anthropomorphic creations. Through these, we also examine how the characteristics of mitate have changed from the beginning of the modern period to the contemporary period, including the modern transition.In the context of an anthropology of art, this thesis ultimately aims to illustrate to what extent the culture of forms in Japan rests on particular foundations that are in part very ancient and which remain active under its modernization/globalization.