De l'absolutisme au fascisme : Hobbes au prisme de la première École de Francfort / Anne Jean ; sous la direction de Céline Spector

Date :

Type : Livre / Book

Type : Thèse / Thesis

Langue / Language : français / French

Catalogue Worldcat

Hobbes -- Thomas -- 1588-1679 -- Influence

École de Francfort

Philosophie politique -- 20e siècle

Spector, Céline (1972-....) (Directeur de thèse / thesis advisor)

Bouton, Christophe (1969-....) (Président du jury de soutenance / praeses)

Foisneau, Luc (1963-....) (Rapporteur de la thèse / thesis reporter)

Renault, Emmanuel (1967-....) (Rapporteur de la thèse / thesis reporter)

Genel, Katia (1977-....) (Membre du jury / opponent)

Université Bordeaux Montaigne (Organisme de soutenance / degree-grantor)

École doctorale Montaigne-Humanités (Pessac, Gironde) (Ecole doctorale associée à la thèse / doctoral school)

Sciences, Philosophie, Humanités (Bordeaux) (Laboratoire associé à la thèse / thesis associated laboratory)

Résumé / Abstract : L’étude de la réception et des usages de Hobbes chez Horkheimer, Borkenau et Neumann jette une lumière nouvelle sur l’association fréquente entre l’État absolutiste et l’État totalitaire. La philosophie de Hobbes est effectivement très commentée et utilisée en France et en Allemagne dans les années 1930 : elle permet de se demander si le fascisme a sa préhistoire dans la théorie et la période absolutiste ou bien s’il représente une nouvelle forme de domination eu égard à ses différences avec l’absolutisme. Les usages francfortois de Hobbes dans les années 1930 et 1940 s’inscrivent dans cette constellation formée par les différentes réceptions de Hobbes de cette période, notamment celles de Leo Strauss et de Carl Schmitt. Cependant, depuis leur perspective matérialiste, Horkheimer et Neumann offrent des interprétations divergentes de la pensée hobbesienne. D’un côté, Horkheimer, et marginalement Borkenau, perçoivent chez Hobbes à la fois l’esquisse du geste critique propre à la philosophie bourgeoise, et plus tard de l’Aufklärung, et l’apologie de la domination en raison de son anthropologie pessimiste et de sa théorie d’un État doté d’une souveraineté absolue. L’ambivalence interne à sa philosophie n’est jamais dépassée. D’un autre côté, le juriste Neumann construit un « Hobbes libéral », et se sert de ses concepts de « droit naturel » et de « souveraineté » pour instaurer les critères à l’aune desquels il peut critiquer la structure et les pratiques du National-Socialisme. Finalement, pour Horkheimer, il est possible d’établir un lien de continuité entre l’État absolutiste et « l’État autoritaire » car il n’y a pas de rupture nette entre les périodes de l’absolutisme, du libéralisme et du fascisme. Au contraire, selon Neumann, la théorie absolutiste de Hobbes, en articulant la souveraineté avec la défense des droits individuels, se distingue de l’idéologie et des pratiques nazies. Les valeurs libérales de la liberté, du droit, de la démocratie, sont en effet des armes efficaces pour lutter contre le National-Socialisme. En somme, ce travail présente la dimension politique de la Théorie critique à ses débuts à travers les usages que cette dernière propose de Hobbes.

Résumé / Abstract : The study of the interpretation and the uses of Hobbes by Horkheimer, Borkenau and Neumann sheds new light on the frequent connection between the absolutist and totalitarian state. Hobbes’ philosophy is indeed a subject of much discussions and often referred to in France and in Germany in the 1930s: it makes it possible to examine whether Fascism has its prehistory in the absolutist theory and time or whether it represents a new form of domination where its differences with absolutism are concerned. The uses of Hobbes in the Frankfurt School are part of this constellation made up of the various interpretations of Hobbes’ philosophy at this time, in particular those of Leo Strauss and Carl Schmitt. However, from their materialist perspective, Horkheimer and Neumann have conflicting interpretations of Hobbes’ thought. On the one hand, Horkheimer and, to a certain extent, Borkenau detect in Hobbes both the outline of the critical gesture proper to the bourgeois philosophy (and later to the Aufklärung), and the apology of domination, because of his pessimistic anthropology and theory of absolute state. The ambivalence inherent in his philosophy is never overcome. On the other hand, Neumann builds a picture of a “liberal Hobbes” and makes use of his concepts of “natural right” and “sovereignty” in order to create a set of criteria to criticize the structures and practices of National-Socialism. Finally, for Horkheimer, a link of continuity can be perceived between absolutist state and “authoritarian state” because there is no clean rupture between absolutist, liberal and fascist times. On the contrary, according to Neumann, Hobbes’ absolutist theory differs from Nazi ideology and practices in his articulation between sovereignty and individual rights. The liberal values of liberty, rights, democracy are indeed effective weapons against National-Socialism. All in all, this work shows the political dimension of Critical Theory in its early time through its uses of Hobbes.