Construction et évolution de la notion de patrimoine à Chiang Mai. Du monument national au patrimoine ordinaire de la communauté locale / Pijika Pumketkao-Lecourt ; sous la direction de Nathalie Lancret et de Eggarine Anukulyudhathon

Date :

Type : Livre / Book

Type : Thèse / Thesis

Langue / Language : français / French

Catalogue Worldcat

Patrimoine urbain

Chiang Mai (Thaïlande : province)

Lancret, Nathalie (1963-....) (Directeur de thèse / thesis advisor)

Anukulyudhathon, Eggarine (19..-....) (Directeur de thèse / thesis advisor)

Franck, Manuelle (Président du jury de soutenance / praeses)

Parin, Claire (1950-....) (Rapporteur de la thèse / thesis reporter)

Bundit Chulasai (Rapporteur de la thèse / thesis reporter)

Peyronnie, Karine (Membre du jury / opponent)

Goldblum, Charles (1944-....) (Membre du jury / opponent)

Phǭ̨ntham Thamwimon (1964-....) (Membre du jury / opponent)

Université Paris-Est (2015-....) (Organisme de soutenance / degree-grantor)

Mahāwitthayālai Kasētsāt (Thaïlande) (Organisme de cotutelle / degree co-grantor)

École doctorale Ville, Transports et Territoires (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne ; 2015-....) (Ecole doctorale associée à la thèse / doctoral school)

Institut parisien de recherche Architecture, urbanistique, société (Laboratoire associé à la thèse / thesis associated laboratory)

Résumé / Abstract : Depuis les années 1990, les mutations urbaines et architecturales suscitent une sensibilité accrue à l'égard du patrimoine urbain et architectural ordinaire. Celle-ci conduit à élaborer des nouvelles démarches dans le sens de la participation citoyenne aux projets patrimoniaux, face aux menaces de destruction pesant sur les quartiers et édifices anciens et comme alternatives aux positions des institutions officielles en matière de sauvegarde. La démarche participative prend en considération les ensembles urbains ordinaires associés aux pratiques domestiques et coutumières des collectivités locales, qui ont été jusqu'alors négligés au profit d'une vision nationale du patrimoine. Ceci marque un tournant dans la façon de considérer le patrimoine et de concevoir le projet patrimonial. Cette recherche vise à mettre en évidence la place du patrimoine urbain ordinaire et celle de la participation citoyenne dans la constitution du champ patrimonial à Chiang Mai entre 1990 et 2014, période de transition du pouvoir de gestion patrimoniale. Chiang Mai constitue un terrain d'étude éclairant et cet égard, dans la mesure où il y existe des dynamiques locales et un engagement fort des citoyens dans l'action patrimoniale.La présente recherche s'inscrit dans le champ des études patrimoniales critiques qui entend déconstruire des discours patrimoniaux hégémoniques des institutions étatiques et des organisme internationaux tels l'UNESCO. Elle interroge la pluralité des pratiques patrimoniales, des significations attachées à l'objet valorisé et leurs dissonances. En combinant des approches architecturale et socio-anthropologique, cette recherche met en place une démarche croisant analyse des projets architecturaux à vocation patrimoniale et l'analyse du lexique associé à ces projets.Considérées ici comme « tiers-espace » (Bhabha, 2006), les situations conflictuelles – suscitées par des projets en décalage, voire en contradiction avec les manières de penser et de faire des habitants – sont examinées pour leur potentiel d'innovation et de renouvellement des conceptions et des pratiques du patrimoine. Les controverses sont, nous en faisons l'hypothèse, des temps forts de concertation et de négociation qui rendent possible le métissage de visions et référents patrimoniaux hétérogènes, et l'élaboration des propositions singulières. Elles témoignent de la capacité d'agir des acteurs locaux, celle-ci se traduisant par l'adaptation de pratiques et de conceptions locales et par l'appropriation de dispositifs internationaux et sont à l'origine de discours et d'approches hybrides relatifs au patrimoine, adaptés au contexte culturel spécifique.Cette recherche s'intéresse ainsi aux mots du patrimoine qui sont issus de l'assemblage entre références locales et références internationales. Ces mots sont considérés comme indicateurs de nouvelles notions et catégories patrimoniales. Dans ce cadre, nous étudions l'évolution du sens du patrimoine, du « monument ancien » (boransathan) au « patrimoine de la communauté » (moradok chumchon), évolution qui correspond au passage de la politique centralisatrice de l'État thaïlandais au principe de la décentralisation de la gestion patrimoniale. Les mots révélateurs de différences ou les « intraduisibles » du patrimoine (Cassin et Wosny, 2016) sont aussi examinés à travers la réinterprétation locale des notions internationales de « patrimoine culturel matériel et immatériel ». Celle-ci rend compte du décalage entre les visions du monde locales et les notions internationales fondées sur la perception européenne du patrimoine, et la façon dont les acteurs locaux instrumentalisent ces notions à leur profit pour revendiquer le droit à la gestion du patrimoine.

Résumé / Abstract : Since the 1990s, the rapid urban transformations have raised much awareness about the ordinary urban and architectual heritage. This leads to develop a new approach towards citizen participation in conservation projects, aimed at confronting the threats of urban growth and defending points of view differing from the position of the national institutions. The participative approach takes into account the ordinary urban fabric and culture related to customary and domestic practices of local collectivities, which until then had been neglected at the expense of a focus on a national vision of heritage. This marks a turning point in the way of considering heritage and designing the conservation project. This research aims to examine the role of ordinary heritage and citizens' participation in the construction of heritage at Chiang Mai from 1990 to 2014, period of transition of heritage management power. In this framework, Chiang Mai provides an informative study site as there are local dynamics and strong involvement of the citizens in the conservation process.This research relates to the academic field of critical heritage studies, which intend to deconstruct hegemonic discourses produced by state institutions and international organizations such as UNESCO. It examines the plurality of practices and significance attached to the valued object, and their dissonance. By combining architectural and socio-anthropological approaches, this research sets up a twofold analysis of conservation projects and vocabulary related to these projects.Considered here as « Third space » (Bhabha, 2006), the conflict situations – raised by the gap and even contradiction between the project and the ways of thinking and doing things of inhabitants – are examined for their potential for innovating and renewing the heritage conceptions and practices. We assume that the controversy is specific time for dialogue and negotiations, that enables the hybridization of diverse visions and referents of heritage, and the development of singular proposals. This shows the capacity of local actors to undertake actions, reflected in the adaptation of local notions and practices and the appropriation of international apparatus, that generate the hybrid discourses and practices of heritage, adapted to the specific cultural context.This research focuses on the vocabulary of heritage, emerging from a blend of local and international references. We consider this kind of vocabulary as an indicator of new heritage notions and categories. In this perspective, we study the evolution of meaning of heritage which have been developed over time, from "ancient monument" (boransathan) to "community's heritage" (moradok chumchon). This corresponds to the shift from State's centralist policies to the principle of decentralization of heritage management. The words revealing the difference or the "heritage untranslatables" (Cassin et Wosny, 2016) are also examined through the local reinterpretation of international concepts such as "tangible and intangible cultural heritage". This shows the gap between local worldview and international concepts which are based on Western perception of heritage, and demonstrates the way in which local actors instrumentalise the international concepts of heritage for claiming their right to manage local heritage.