Optiques de la fiction. Pour une analyse des dispositifs visuels de quatre romans britanniques contemporains : Time's arrow de Martin Amis, Gut Symmetries de Jeanette Winterson, Cloud Atlas de David Mitchell, Clear de Nicola Barker / Diane Leblond ; sous la direction de Catherine Bernard

Date :

Type : Livre / Book

Type : Thèse / Thesis

Langue / Language : français / French

Catalogue Worldcat

Amis -- Martin -- 1949-.... -- Critique et interprétation -- 20e siècle

Winterson -- Jeanette -- 1959-.... -- Critique et interprétation -- 20e siècle

Mitchell -- David -- 1969-.... -- Critique et interprétation -- 20e siècle

Barker -- Nicola -- 1966-.... -- romancière -- Critique et interprétation -- 20e siècle

Littérature britannique -- Histoire et critique

Postmodernisme et littérature

Intermédialité

Perception visuelle -- Dans la littérature

Bernard, Catherine (1962-....) (Directeur de thèse / thesis advisor)

Guignery, Vanessa (1972-....) (Président du jury de soutenance / praeses)

Angel-Perez, Élisabeth (1967-....) (Rapporteur de la thèse / thesis reporter)

Ganteau, Jean-Michel (Membre du jury / opponent)

Wolfreys, Julian (1958-...) (Membre du jury / opponent)

Université Sorbonne Paris Cité (Organisme de soutenance / degree-grantor)

École doctorale Langue, littérature, image, civilisations et sciences humaines (domaines francophone, anglophone et d'Asie orientale) (Paris ; 1992-....) (Ecole doctorale associée à la thèse / doctoral school)

Université Paris Diderot - Paris 7 (1970-2019) (Autre partenaire associé à la thèse / thesis associated third party)

Laboratoire de recherches sur les cultures anglophones (Paris) (Laboratoire associé à la thèse / thesis associated laboratory)

Résumé / Abstract : À l’aube du XXIe siècle, la fiction britannique se trouve aux prises avec des représentations conflictuelles du voir. Inscrite dans le contexte du « tournant visuel », elle rend compte de la place prépondérante que les technologies et médias visuels occupent dans l’espace culturel. Dans le même temps, elle entre en dialogue avec un discours anxieux, qui met en avant l’idée d’une crise du visuel. Privilégié pendant des siècles comme le plus intellectuel et le plus noble des sens, le voir semble devenu l’un des lieux où s’orchestrent la manipulation et le contrôle des citoyens, surveillés et exposés au spectacle du capitalisme tardif. Faisant état de ces inquiétudes, la fiction élabore une poétique et un imaginaire de l’optique dans lesquels un sens trouve cependant à se construire. Contre l’exercice d’une autorité visuelle supposée absolue, elle produit des dispositifs dont le fonctionnement subvertit les processus d’assujettissement visuel, et invente de nouvelles pratiques de subjectivation. Ce travail implique un changement de paradigme dans notre appréhension du voir. À la confrontation dichotomique d’un sujet qui voit et d’un objet visible, notre corpus substitue des scènes de rencontre, dans lesquelles le regard se fait réciproque. L’imaginaire épistémologique qui associait la perception visuelle à une forme de connaissance, et la concevait ainsi comme un processus d’appropriation, laisse alors place à une conception politique et éthique du voir, selon laquelle le sujet émerge sous le regard de semblables dont il est, immédiatement, responsable. Ainsi voir c’est toujours s’offrir au regard de l’autre, et prendre le risque que l’échange prenne un tour inattendu, que la reconnaissance dérape. Cette appréhension de l’expérience visuelle, qui compose avec ses imperfections et envisage le lien réciproque par lequel le sujet et le sens émergent, nous engage à envisager une phénoménologie pragmatique de la lecture.

Résumé / Abstract : At the turn of the 21st century, British fiction finds itself negotiating conflicting perceptions of vision. In the context of the “visual turn,” it reflects the increasingly influential role that visual technologies and media play in today’s cultural landscape. At the same time, it addresses anxious accounts of what is often presented as a crisis of the visual. For centuries vision was celebrated as the most intellectual of the senses; today, however, it is more often presented as a key component in practices of manipulation and control. Far from standing as a master of the visible world, the seeing subject appears as subjugated, living as he does under constant surveillance, and among the simulacra of the late capitalist spectacle. While taking such concerns into account, contemporary fiction creates optical dispositives that subvert the mechanisms of visual subjectification, and pave the way for new practices of subjectivation. This calls for a shift in the paradigms used to delineate the workings of vision. The novels we analyse here leave behind optical models defined by the binary separation between seeing and seen, subject and object. What they create instead are visual encounters in which one pair of eyes necessarily meets another. The epistemological understanding of visual perception as a vehicle of knowledge is replaced by a political and ethical interpretation of vision: the seeing subject emerges under the gaze of others, whom he acknowledges as his responsibility. In seeing therefore we run the risk that the encounter might go awry, that recognition might turn into misrecognition. This conception of visual experience emphasises the reciprocal structures of discourse and perception within which subjects and meanings emerge, but also reckons with the imperfections inherent in any interactive exchange between seeing and speaking subjects. It suggests that we engage with the phenomenology of reading through the pragmatics of discourse.