Toucher pour soigner : le toucheur traditionnel, le médecin et l'ostéopathe : un nourrisson entre de bonnes mains / Maï Le Dû ; sous la direction de Dominique Memmi

Date :

Type : Livre / Book

Type : Thèse / Thesis

Langue / Language : français / French

Personnel de la petite enfance

Toucher

Nourrissons

Ostéopathie

Médecines parallèles

Individualité

Memmi, Dominique (1953-....) (Directeur de thèse / thesis advisor)

Bensa, Alban (1948-....) (Rapporteur de la thèse / thesis reporter)

Carricaburu, Danièle (Rapporteur de la thèse / thesis reporter)

Maffi, Irène (19..-....) (Membre du jury / opponent)

Pruvost, Geneviève (Membre du jury / opponent)

Université de Paris VIII (Organisme de soutenance / degree-grantor)

École doctorale Sciences sociales (Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) (Ecole doctorale associée à la thèse / doctoral school)

Résumé / Abstract : Cette recherche traite de l’évolution, en France, depuis les années 1950, durapport au toucher des corps dans le soin aux nourrissons. Elle est réalisée à partird’une enquête de terrain menée auprès de plusieurs centaines de jeunes mères et denombreux praticiens : guérisseurs traditionnels, ostéopathes et médecins.Notre société est marquée par l’accentuation régulière du processusd’individuation interdisant progressivement le toucher des corps y compris dansl’univers médical. Dans notre analyse nous distinguons deux formes de toucherrépondant à des attentes différentes et aux enjeux nettement distincts. Le premier estun toucher « manipulation », intrusif, enjeu de domination entre soignant et soigné.Le second est un toucher « affectif », mêlant contact corporel et affect, impliquant lamaîtrise des pulsions au sein d'une civilisation de plus en plus régie par un fortautocontrôle libidinal.Dans le cas du soin au bébé, ces deux facettes du toucher ont évolué selon unetrajectoire inversée : le toucher manipulatoire, longtemps jugé indispensable, a étéprogressivement discrédité à partir des années 1970 jusqu’à être condamné à partirde la décennie 90. Dans le même temps, le toucher contact, selon une dynamiqueexactement inverse, est passé de la stigmatisation à la valorisation.Dans ce contexte, l’ostéopathie apparaît comme une voie de compromis entre desinjonctions sociétales contradictoires : toucher mais sans entrer, être efficace maisavec douceur, agir rapidement mais en prenant le temps de l’écoute des mots et desmaux, s’impliquer personnellement tout en gardant une distance professionnelle, et,par-dessus tout, s’adapter à l’individualité du patient en tenant compte de soncontexte global familial, économique et émotionnel. Le succès de cette pratique et dece type de toucher met en lumière des attentes sociales complexes et sophistiquées etau-delà d’elles, un ensemble de représentations du corps de la personne à« accompagner ».4

Résumé / Abstract : The purpose of this research is to study how caregivers in France have evolvedsince the 1950s in the way they touch a patient’s body, especially in the case ofinfants. It is based on a multi-centred field survey of young mothers andpractitioners: traditional healers, osteopaths and physicians.Our society is marked by the steady rise in the process of individuation whichincreasingly forbids us from touching one another, even in the medical environment.To analyse this process, we distinguish two forms of physical manipulation thatrespond to different expectations with regard to distinctly different issues. The first isan intrusive "manipulative" touch, whereby a relationship of domination between thecaregiver and his/her patient is established. The second is an "affective" touchmixing body contact and warmth, implying control of the drives within a civilizationwhich is increasingly governed by a strong libidinal self-control.In the case of baby care, these two facets of touch have evolved in Francefollowing a reverse trajectory: the manipulative touch, long considered essential, hasbeen progressively discredited since the 1970s leading to its condemnation in the1990s. At the same time, the contact touch, following an exactly opposite dynamic,has gone from stigma to valorization.In this context, osteopathy appears to be a way achieving a compromise betweencontradictory societal injunctions: touching without penetrating, being effectivewhile being gentle, acting quickly while taking time to listen to the patients’ claims,getting involved personally while maintaining a professional distance and, above all,adjusting to the individuality of the patient, while taking into account the overallfamily, economic and emotional contexts. The success of this approach highlights aseries of complex and sophisticated popular expectations and, beyond them, a set ofrepresentations regarding of the body and the patient’s identity.